
13 JANVIER : UN FONDS DE COMMERCE POLITIQUE
Le 13 janvier : une date historique qui n’a pas fini de faire parler d’elle. Restée longtemps la date de libération nationale pour le régime de Gnassingbé Eyadema, une journée de deuil national pour les partis politiques de l’opposition, l’unanimité a été faite finalement d’en faire une date ordinaire comme toutes les autres.
De 1967 à 1990, le 13 janvier était la date de la libération nationale. Le Togo se drapait dans ses plus belles parures et un gigantesque défilé militaire et civil était organisé pour meubler cette journée festive qui accueillait des invités de marque, souvent des chefs d’Etat de pays étrangers. Le Togo a vécu ce paradoxe des années durant et personne ne comprenait pourquoi le jour de l’assassinat du premier président de la République togolaise fut érigé en journée de libération nationale et de surcroit fête nationale. Heureusement que la raison a pris le dessus sur la force, mais non sans que des mobilisations et mouvements populaires ayant coûté la vie à nombre de citoyens aient été organisés contre le régime.

Mieux vaut tard que jamais, le Togo a corrigé cette aberration et fait du 13 janvier une date ordinaire comme tout autre. Cette décision n’a pas desserré l’étau sur cette journée ; elle est tombée dans l’escarcelle des acteurs politiques. Dès le matin du 13 janvier, certains prennent la route nationale N2, direction Agoué, traversent la frontière TOGO-BENIN et vont dans le cimetière pour fleurir la tombe de Sylvanus Olympio. Une fois dans le cimetière, ils ouvrent la caméra pour filmer la scène de dépôt de gerbe sur la tombe de l’illustre disparu. D’autres préfèrent rester à Lomé et inviter la presse pour demander qu’on fasse la lumière sur le crime contre Sylvanus Olympio, tout en sachant bien que leur demande restera sans suite, ou encore réitérer la recommandation déjà faite par la CVJR (Commission Vérité Justice et Réconciliation) selon laquelle il faut rapatrier la dépouille de Sylvanus Olympio au Togo.
Les acteurs politiques de l’opposition rivalisent d’ardeur dans la récupération de la mémoire de Sylvanus Olympio. Chacun veut être celui qui aime le plus le premier président du Togo, ou qui est plus proche de lui et de son héritage. Le but visé par certains est d’ordre électoraliste ; pour d’autres, c’est la recherche de l’estime populaire, puisque les populations ont mythifié Sylvanus Olympio, ceux qui lui vouent un culte sont automatiquement aimés. Il est aussi une catégorie d’acteurs qui défendent la mémoire et l’héritage de Sylvanus Olympio pour assouvir leur propre passion, laquelle est forgée par l’admiration pour l’illustre disparu.
Il est temps qu’on arrête d’instrumentaliser la mémoire de Sylvanus Olympio et d’agiter l’étendard du 13 janvier à des fins politiques partisanes. Les acteurs politiques doivent plutôt commencer à poser les vraies questions : quelles sont les idées de Sylvanus Olympio, que reste-t-il de son héritage politique et quels sont les continuateurs de son œuvre ?
Euloge ATTISSO