LE DERNIER DES GEANTS, GODWIN TÊTÊVI ADJALOGO TÉTÉ, dit KOBLI, S’EN EST ALLÉ

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LE DERNIER DES GEANTS, GODWIN TÊTÊVI ADJALOGO TÉTÉ, dit KOBLI, S’EN EST ALLÉ

 Par Fulbert Sassou ATTISSO

 

” En Afrique, quand un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle. “

Cette citation d’Amadou Hampâté Bâ est discutable, quand on sait que tous les vieillards africains ne sont pas des sages ; il en est qui sont vides et ne vous apprennent rien.

Fo KOBLI, de son vrai nom Godwin Têtêvi Adjalogo TÉTÉ, était lui une bibliothèque. Non seulement que ses publications suffisent à constituer une bibliothèque, il en était une lui-même.  Pétri de culture et féru d’histoire politique, il était d’une densité impressionnante. Il a vécu les deux grandes épopées africaines : la lutte pour la décolonisation en Afrique et la période post-indépendance avec ses vicissitudes (les dictatures et le combat pour la démocratie). L’homme a aussi bourlingué et usé ses chaussures sur les trottoirs des pays du vieux continent. Il a atterri à Paris peu après la 2ème guerre mondiale et a connu la période des grands hommes d’Etat européens.

Fo KOBLI était un intellectuel progressiste et panafricaniste qui aimait à citer Lénine et plus précisément une de ses pensées restées célèbres dans les cercles militants de gauche :  ” Étant donné que les circonstances créent le leader, il faut humainement créer les circonstances. ” Il a consacré un livre en deux tomes au Jamaïcain Marcus GARVEY, sans passer sous silence tous les autres grands noms du combat panaficaniste : Henry Sylvester William, W.E.B DUBOIS, George PADMORE, Kwame NKRUMAH…

Grand admirateur de Sylvanus OLYMPIO, il a été témoin de la lutte pour l’indépendance du Togo et a consacré un gros livre à cette glorieuse épopée :  ” Histoire du Togo. La palpitante quête de l’Ablodé. “

Je n’écris pas sur Godwin Têtêvi Adjalogo TÉTÉ parce que je l’ai connu de loin. Il est vrai que je l’ai d’abord connu de nom, depuis qu’il a été arrêté, à l’aéroport d’Abidjan, avec le Professeur KUEVIAKUÉ, un autre militant politique togolais, en possession de tracts dénonçant le régime Eyadema. Les deux ont dû leur salut au président HOUPHOUET-BOIGNY qui les a renvoyés à Paris d’où ils venaient plutôt que de les livrer aux autorités togolaises.

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Fo KOBLI et moi nous sommes rencontrés à Paris en 1999. Quand j’ai voulu publier mon premier livre, nous nous sommes donné rendez-vous au métro Cluny la Sorbonne ; nous avons traversé le quartier latin du 5ème arrondissement pour atterrir au 16, rue des Écoles, siège des Éditions L’HARMATTAN. Il m’a présenté à Denis PRYEN, Directeur de la Maison d’Edition, et tout est allé vite : dépôt de manuscrit et publication de mon premier livre. Dès que nous avions le temps, il quittait Créteil, banlieue du Sud-Est de Paris où il habitait, et me prenait la main pour m’emmener dans des réunions et conférences politiques. Nous avions partagé une proximité qui m’a permis de fréquenter les cercles politiques militants et panafricains à Paris. Et j’ai beaucoup appris chez Fo KOBLI, sur l’histoire politique aussi bien du Togo que du monde. Il a surtout aiguillonné chez moi le goût de la lecture, la connaissance des grands hommes ayant marqué l’histoire ainsi que le militantisme politique.

Membre fondateur de la CDPA, ensemble avec le professeur Léopold Messan GNININVI, feu les Professeurs Emmanuel GU-KONU et Martin Adimado ADUAYOM, ainsi que d’autres, Fo KOBLI a consacré une partie de sa vie à la lutte pour la démocratie et l’alternance au Togo. Quelques années après la création de la CDPA, il a quitté ce parti politique pour fonder, avec feu le professeur Emmanuel GU-KONU, la CDPA-BT. Plus tard il s’est séparé de la CDPA-BT pour adhérer à l’ANC, et c’est au sein de cette formation politique qu’il a mené son combat pour un autre Togo, jusqu’à son dernier souffle.

J’ai tenu à rendre cet hommage à Fo KOBLI, pas uniquement parce qu’il été un grand militant de la cause togolaise et africaine, mais surtout pour deux raisons :

1- il est resté constant dans son engagement et ses convictions politiques ;

2- il est un des rares militants politiques de l’opposition qui s’est soucié de former la jeunesse pour une relève digne.

Fo KOBLI exprimait, partout où il se trouvait, le désir ardent de transmettre son savoir, son expérience et de former politiquement les militants de l’opposition. Il a d’ailleurs consacré un livre au militantisme, qui est intitulé :  “Des Principes Fondamentaux du Militantisme”, Éditions Haho, préfacé par l’écrivain Camerounais Paul HEUTCHING, un ami qu’il m’a présenté à Paris.

Même s’il a vécu jusqu’à un certain âge (98 ans), Godwin Têtêvi Adjalogo TÉTÉ nous manquera ainsi que ses récits palpitants sur la lutte pour l’indépendance, ses conférences et ses publications. Mais comme il avait l’habitude de le dire lui-même : ” Les grands Hommes ne meurent pas ils fécondent l’avenir. “

Va en paix Fo KOBLI ! Tes œuvres t’ont immortalisé et engendreront à coup sûr une vaillante postérité politique au Togo. Tu as combattu le bon combat, tu as gardé la foi, désormais la couronne de justice te sera réservée.

 

N.B. KOBLI veut dire en langue éwé, individu de race noire (Améyibô), en comparaison au Blanc (individu de race blanche).

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